25/03/2014

La sous-enchère salariale, une menace pour la cohésion sociale

Il est difficile de concevoir qu’en Suisse, des employés puissent gagner des salaires inférieurs à 22 francs de l’heure. A en croire les chiffres avancés récemment par l’Union syndicale suisse, près de 330'000 personnes, soit environ 9% de la population active, doivent pourtant se contenter d’un bas salaire. 70% d’entre elles sont des femmes.


Ne gagnant pas assez d’argent pour subvenir à leurs besoins, les working poors ont souvent recours à l’aide sociale. Cette situation est inacceptable dans un pays aussi riche que le nôtre, et l’initiative qui veut introduire un salaire minimum de 4000 francs par mois pour une semaine de 42 heures a le mérite de lever le voile sur une réalité largement ignorée.

La sous-enchère salariale constitue une menace pour la cohésion sociale. Elle contribue à alimenter la précarité et le sentiment d’insécurité. Le fait que les bas salaires touchent également un pourcentage important de femmes et d’hommes au bénéfice d’un CFC est particulièrement inquiétant. L’apprentissage et la formation s’en trouvent dépréciés et, finalement, c’est la valeur même du travail qui perd son importance.

Les opposants craignent une augmentation du chômage et des délocalisations d’entreprises si l’initiative était acceptée. Des études internationales ont cependant démontré que l’introduction d’un salaire minimum n’avait pas d’incidence sur le taux de chômage. Et dans la mesure où les bas salaires sont appliqués essentiellement par des entreprises locales, il est peu probable qu’on assiste à des déplacements massifs de sociétés à l’étranger.

Dans certains cas, seule la voie légale permet de prévenir les excès et d’instaurer une certaine justice. En mars 2013, les Suisses ont ainsi refusé les rémunérations abusives grâce à l’initiative Minder. Lors des votations du 18 mai, en obligeant les employeurs à négocier des CCT, il s’agira d’une certaine manière de dire non aux sous-rémunérations abusives, tout aussi choquantes que les salaires ou indemnités stratosphériques de certains patrons. A une époque où l’intérêt collectif ne semble plus être une priorité, il faut rappeler encore et toujours que, comme le dit la Constitution, « la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres ».


Esther Alder,

Conseillère administrative



 

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