09/04/2014

Fermeture des abris PC : la Ville a besoin de l’aide du canton et des communes

Les abris PC des Vollandes et de Richemont ont fermé fin mars. Au total, environ 20'500 nuitées ont été enregistrées durant l’hiver 2013-2014. Douze ans plus tôt, Genève avait ouvert un abri pour la première fois, et « seules » 3'000 nuitées avaient été recensées. 


L’augmentation du nombre de personnes sans abri est inquiétante. La Suisse a beau être un pays opulent, elle compte un nombre élevé de personnes pauvres. La précarité s’accroît dans le canton de Genève. La compétitivité, les inégalités, la précarisation de l’emploi, l’effritement des solidarités traditionnelles, les migrations et le niveau élevé des loyers sont autant de facteurs qui contribuent à jeter à la rue de nombreuses personnes.

Non seulement la précarité augmente, mais elle touche aussi des publics de plus en plus variés. Loin de la figure du clochard ou du vagabond  « professionnel » que véhiculent les clichés médiatiques, les personnes sans abri sont aujourd’hui des mères célibataires, des enfants, des victimes de violence conjugale, des migrants, ou encore des personnes atteintes dans leur santé mentale ou physique. Une fois à la rue, les chances de ces personnes de retrouver un logement et une vie autonome diminuent. La rue est brutale, elle abîme. Elle représente un exil du monde, et un exil de soi.

Malgré les efforts fournis par la Ville et les partenaires sociaux, il y a de plus en plus de sans-abri. Cette situation crée un sentiment d’insécurité au sein de la population. Elle contribue à alimenter le populisme et à tendre le climat social. Dans ce contexte, la demande d’un hébergement ouvert toute l’année se fait de plus en plus pressante.

Une motion en cours de traitement réclame un accueil de nuit à l’année pour les personnes sans abri. L’ouverture d’une structure peut être envisagée durant la période estivale. De mon point de vue, cependant, une telle solution devra rester transitoire. Le but de l’action sociale consiste à aider les sans-abri à retrouver leur autonomie. Je me bats personnellement pour l’ouverture de logements-relais.

Force est de constater qu’aujourd’hui, la Ville arrive au bout de ses possibilités d’aide. Elle ne devrait plus assumer seule une tâche devenue trop lourde pour elle. Il est temps que le canton et les autres communes prennent leurs responsabilités. Cette nécessité a clairement émergé des Assises de la précarité, qui ont eu lieu l’automne dernier. La Constitution genevoise assigne d’ailleurs une mission sociale au canton.

J’ai rencontré lundi Mauro Poggia, Conseiller d’Etat en charge du Département de l’emploi, des affaires sociales et de la santé. Dans le cadre de ce premier entretien, nous avons évoqué ensemble des pistes pragmatiques qui vont dans le sens des recommandations des Assises de la précarité. Le canton a manifesté son ouverture envers les préoccupations de la Ville. Il se dit intéressé par la création d’un Observatoire du social et de la santé. Mais Mauro Poggia n’a pas caché que les ressources financières font actuellement défaut.

La lutte contre la précarité demande pourtant l’engagement de toutes les forces disponibles. Canton, Ville, communes, partenaires sociaux : nous devons réfléchir ensemble à la meilleure manière de renforcer la solidarité et la cohésion sociale.


Esther Alder,

Conseillère administrative



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Commentaires

Un abri pour les nécessiteux genevois et suisse, oui. Pour le reste du monde non. Ce n'est pas à nos impôts de financer les logements et nourritures des roms et des réfugiés économiques...

Écrit par : fab | 09/04/2014

Vous voudrez bien prendre en compte dans vos réflexions que des gens sont tout à fait prêts à aider les plus démunis locaux mais que pour le reste, votre aspirateur à éclopés du monde entier on n'en veut pas du tout. Envie de le shooter, même.

Écrit par : Djl | 09/04/2014

Madame la Conseillère administrative,

Vous faites état d'une multiplication par 7 du nombre de nuitées dans les abris PC de la Ville de Genève durant ces 12 dernières années.

Vous brossez également un portrait très varié des populations qui ont recours à ces abris, et évoquez des pistes pour permettre à ces sans-abris de retrouver leur autonomie dans le canton.

Pour la clarté du débat, et afin de disposer de données factuelles permettant de compléter votre tableau, serait-il possible que vous-même ou vos services communiquiez quelques analyses plus détaillées sur les personnes qui ont occupé ces abris.

Est-il par exemple possible de connaître la proportion de "nuitées" (pour reprendre votre expression) qui sont imputables à une population résidante (déjà installée dans le canton), ou provenant du reste de la Suisse, de la région frontalière, voire d'autres pays ?

D'autres angles sociologiques peuvent être considérés pour mieux comprendre la nature de ces populations (dont le sort n'est certes pas enviable) : structure des âges; structure familiale (personne seule, monoparentale, famille); aisance dans la compréhension du français (moins la langue est maitrisée, plus l'intégration est ralentie); niveau de formation (pour la même raison); capacité d'un comportement autonome (moins une personne est toxico-dépendante, plus son jugement et sa prise de décision sont libres).

Fort de telles données, et d'autres que vos services ont sans doute déjà identifiées, il sera alors plus aisé de comprendre le profil et le parcours de ces personnes, les raisons qui les ont amenées dans les abris de la Ville, et d'arrêter des propositions, ciblées, qui permettent d'insérer (si elles le souhaitent) ces personnes dans la société genevoise, dont vous estimez qu'elle est responsable de les avoir - comme vous le dites - 'jetées à la rue'.

Merci de vos indications.

Écrit par : Steve Bernard | 10/04/2014

@fab @Djl

Je vous remercie de votre intervention. Attribuer l’aide aux nécessiteux en fonction de leur origine reviendrait à violer les droits fondamentaux inscrits dans la Constitution fédérale. Nous avons un devoir d’humanité envers les personnes les plus fragiles, quelle que soit leur nationalité.
La Ville de Genève héberge donc dans les abris PC les personnes qui n'ont pas de domicile où passer la nuit au chaud. C'est une intervention d'urgence qui se situe sur le terrain de la dignité humaine. La précarité touche également les Suisses et les étrangers; avec la révision de l'AI et du chômage, nombre de personnes basculent dans des situations extrêmement précaires. En principe, les personnes résidant en Suisse sont au bénéfice de l'assistance publique, pas les étrangers de passage. Ces derniers reçoivent une aide pour des raisons strictement humanitaires. En général, ils restent peu de temps dans les abris et trouvent d'autres solutions.
Ma politique est claire. A court terme : offrons un hébergement d'urgence et mettons à l'abri du froid les personnes qui n'ont pas de toit. A long terme, travaillons pour prévenir les causes d'une précarité qui peut toucher n'importe qui et pour lutter contre les préjugés qui frappent certains groupes de personnes.

Esther Alder

Écrit par : Esther Alder | 10/04/2014

@Steve Bernard

Cher Monsieur,

Je vous remercie de votre intervention et vous communique volontiers quelques analyses plus détaillées. Le Département de la cohésion sociale et de la solidarité que je préside met en œuvre l’accueil hivernal. Le Service social, en particulier gère les abris PC grâce à la collaboration de plusieurs partenaires publics et de nombreuses associations et dispose en effet de données qui permettent de mieux identifier le profil des personnes qui ont recours aux abris.
Parmi les 982 personnes qui ont fréquenté les abris, 827 étaient des hommes (pour 16'121 nuitées), et 155 des femmes (pour 4437 nuitées). Le Service social a dénombré 37 mineurs (moins de 18 ans), 59 personnes âgées de 18 à 20 ans, 284 de 21 à 30 ans, 279 de 31 à 40 ans, 206 de 41 à 50 ans, 93 de 51 à 65 ans, 16 de plus de 65 ans, et neuf personnes dont l’âge était inconnu.
72 nationalités différentes étaient représentées cet hiver. 32 Suisses ont dormi dans les abris. 16 personnes étaient au bénéfice d’un permis B, 13 d’un permis C, et une d’un permis L. 109 personnes provenaient de l’Union européenne, et 456 de pays de l’UE pour lesquels les accords de libre-circulation prévoient encore des restrictions.
Le Service social a observé une augmentation significative du public dit des « grands précaires », qui souffrent de problèmes psychiques et/ou physiques. Il a collaboré avec la Consultation ambulatoire de soins mobiles communautaires et d’autres services des HUG pour parer au plus urgent. Le 144 a été fréquemment sollicité.
Les profils très différents des personnes sans abri nécessitent cependant des prises en charge variées, et nous explorons actuellement de nouvelles pistes pour répondre aux besoins des démunis.

Esther Alder

Écrit par : Esther Alder | 10/04/2014

Merci, Madame la Conseillère administrative, de la promptitude de votre réponse.

Je félicite votre Service social pour tenir des données détaillées sur les utilisateurs de vos abris PC durant la période hivernale. Ces données sont intéressantes et permettent, en partie, de mieux comprendre le profil de ces personnes.

Comme vous avez relevé que le nombre de nuitées a septuplé durant les 12 dernières années, serait-il possible de disposer d'une évolution de ces nuitées depuis 2002, selon les origines géographiques que vous avez présentées pour l'hiver 2013-2014, à savoir la part des nuitées imputables dans le temps : à des 'locaux' (au demeurant les 62 Suisses et permis B, C et L que vous avez répertoriés), aux 109 personnes provenant de l'UE, et aux 456 autres UE (pour les pays n'étant pas encore au bénéfice d'une libre-circulation intégrale) ?

Par ailleurs, il me semble que vos données omettent les origines géographiques de 355 personnes (pour arriver à votre total de 982 personnes qui ont fréquenté ces abris).

Il est au demeurant nécessaire, pour la politique d'assistance à ces personnes que vous souhaitez développer, de connaître quel(s) de ces publics ont contribué à la forte augmentation de l'utilisation des abris PC depuis 12 ans. S'il s'avérait que cette forte croissance et fréquentation était due à des publics extra-genevois, votre propos sur la responsabilité de notre canton à les avoir "jetées à la rue" serait par ailleurs à relativiser.

Plus vos informations permettront de cerner les profils des utilisateurs de vos abris, plus la population suivra vos recommandations pour apporter des réponses ciblées, comme les logements-relais ou autres que vous proposez, répondant aux besoins et difficultés, passagères ou durables, de ces personnes qui méritent notre considération.

Avec mes respectueux messages.

Écrit par : Steve Bernard | 11/04/2014

Je suis choquée de voir l'extreme violence des réponses à cet article. Comment peut on arriver à se permettre un tel lynchage verbal, et est-ce meme legal d'evoquer son envie de le "shooter""? a la suite d'un article récemt de la Tdg à propos de béquilles trouvées dans ume valise, j'ai aussi vu des roms comparés à des rats, et des exhortations à leur casser les jambes.
Je m'inquiete, où vont dormir les femmes et leurs enfants? que deviennent les victimes de violences conjugales et combien en compte-t-on dans le lot?

Écrit par : n rault | 11/04/2014

@ n rault

Chère Madame,
Je vous remercie de votre commentaire. A de rares exceptions près, on ne choisit pas de vivre dans la rue. Quels que soient leur parcours et leur origine, les personnes démunies ont droit au respect, et leur dignité doit être protégée. Aucune violence à leur égard - verbale ou physique - ne saurait être tolérée.
Votre inquiétude concernant les femmes et leurs enfants ainsi que les victimes de violence conjugale est légitime. Le Département de la cohésion sociale et de la solidarité que je préside subventionne quatre structures offrant un hébergement d’urgence à l’année. L’une d’entre elles est le Cœur des Grottes, qui peut accueillir une trentaine de femmes - seules ou avec leur enfant - victimes de violence conjugale ou d’une autre situation de précarité. La création de logements-relais donnera la possibilité à ces personnes d’avoir un toit et de bénéficier d’un accompagnement en vue d’une réinsertion sociale.

Esther Alder

Écrit par : Esther Alder | 11/04/2014

@ Steve Bernard

Cher Monsieur,
Je vous remercie de votre intérêt pour les utilisateurs des abris PC. Pour obtenir des réponses détaillées à vos questions, je vous invite à prendre contact avec le Service social de la Ville de Genève (022 418 47 00). Je souhaite préciser que je n’ai pas accusé le canton d’être responsable d’avoir jeté des personnes à la rue. Mon propos était plutôt de relever quelques-uns des facteurs généraux qui expliquent l’accroissement de la précarité dans notre canton. Ces facteurs ne sont pas propres à Genève. On les retrouve dans de nombreux autres pays, où la précarité augmente aussi. Pour pouvoir continuer à accueillir les personnes sans abri, la Ville a maintenant besoin de l’aide financière et matérielle du canton.

Esther Alder

Écrit par : Esther Alder | 11/04/2014

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