26/11/2014

Il est urgent de replacer les enfants au cœur des politiques publiques

 

Dans mon dernier blog, j’ai évoqué le projet « 2014, année de l’enfance », lancé par la Ville de Genève à l’occasion du 25ème anniversaire de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant. Dans le cadre de ce projet, un colloque a réuni, jeudi et vendredi dernier, une quinzaine de spécialistes de l’enfance pour faire le point sur l’évolution des droits de l’enfant. J’ai été frappée par la qualité des interventions et la richesse des réflexions proposées.


 

Un constat fait lors de ce colloque m’a interpellée. On n’a jamais autant parlé des droits des enfants, mais les enfants restent étrangers aux grands débats de société et sont les parents pauvres des politiques publiques, pensées par et pour les adultes. « Notre monde est faussement pédocentrique », a ainsi affirmé l’un des conférenciers, le professeur Jacques Fierens. Tout se passe en réalité comme si les adultes avaient peur des droits de l’enfant. Ils se plaisent à les proclamer, mais se refusent à les mettre pleinement en vigueur. Ils agissent finalement comme si les enfants n’existaient pas.

C’est particulièrement évident dans les débats actuels concernant la réduction des montants de l’aide sociale. Les enfants en sont totalement absents, alors qu’ils représentent environ le tiers des bénéficiaires de l’aide sociale, comme l’a relevé durant le colloque Martine Kurth, secrétaire générale de l’Association romande et tessinoise des institutions d’action sociale (ARTIAS). Les médias et les partis qui demandent la diminution de l’aide sociale semblent ne pas se rendre compte que les enfants seront les premières victimes d’une telle politique.

On sait en effet que la pauvreté et la précarité ont des effets très nocifs sur la santé physique et psychique des enfants. Toute baisse de l’aide sociale peut donc avoir des conséquences désastreuses sur le développement et l’avenir des enfants qui en dépendent.

On peut se demander pourquoi les enfants sont les grands oubliés de débats qui les concernent pourtant au premier chef. Il faut chercher une partie de la réponse du côté du néo-libéralisme qui ravage aujourd’hui tant de sociétés. Comme l’a souligné Martine Kurth, la logique d’efficacité financière et économique dominante nous conduit toujours davantage à considérer les enfants uniquement en termes de coûts. Si l’on suit cette logique, il ne faudrait pas trop se préoccuper des enfants avant qu’ils ne deviennent des adultes productifs.

A Genève, certains remettent d’ailleurs en cause les programmes d’éveil culturel et artistique des enfants sous prétexte qu’ils ne servent à rien ou qu’ils représentent un luxe à l’heure où l’austérité est le nouveau dogme du prêt-à-penser politique et économique. 

Il est urgent de replacer les enfants au cœur des politiques publiques. Cela impliquera pour les adultes que nous sommes de nous placer à hauteur d’enfant et de changer de regard. Et à voir le monde plus souvent avec les yeux des enfants, nous retrouverons peut-être un peu de cette humanité que nous avons perdue à réfléchir toujours en termes de coûts, de profits et d’efficacité.

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Commentaires

Se placer à la hauteur des enfants et voir le monde avec humanité. Vous n'avez jamais vu une bagarre dans un bac à sable ou quoi ?
A force de mettre l'enfant au centre du monde l'adulte à perdu son rôle et l'enfant n'arrive plus a s'identifier.
Plus que de l'aide sociale c'est d'une aide à être des adultes responsables qu'il nous faut.

Écrit par : norbert maendly | 26/11/2014

Cher Monsieur,
Merci pour votre commentaire, qui m’amène à insister sur le paradoxe que j’ai souligné dans mon blog : on parle beaucoup des droits de l’enfant, mais en pratique, il reste encore beaucoup à faire pour qu'ils soient pleinement respectés. Remettre les enfants au cœur des politiques publiques consiste entre autres à s’assurer que leurs droits sont bien mis en oeuvre. Sans vouloir entrer dans les débats sur l’enfant-roi, la Ville est attentive au fait qu’il faut sensibiliser les enfants non seulement à leurs droits, mais aussi à leurs devoirs. Je plaide personnellement en faveur d’une éducation citoyenne, apte à responsabiliser à la fois les enfants et les adultes.

Écrit par : Esther Alder | 27/11/2014

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