26/03/2015

Economie collaborative: la promesse d'un monde nouveau

Samedi dernier, j’ai eu le plaisir de rencontrer et d’écouter Michel Bauwens, le grand théoricien belge du modèle émergent peer-to-peer, lors d’une conférence-débat sur l’économie collaborative, appelée aussi économie de partage. Organisée à l’initiative de l’association Quartiers collaboratifs avec le soutien de la Ville de Genève, cette manifestation visait à mieux comprendre ce qu’est l’économie collaborative, et à découvrir ce qui se fait déjà à Genève et en Suisse romande.


 

Fab Labs, espaces de co-working, covoiturage, recycleries, jardins partagés, troc, monnaie complémentaire, etc. : les initiatives issues de l’économie collaborative sont nombreuses, mais on ne les identifie pas toujours comme participant d’un nouveau modèle de société et d’économie. En tant que magistrate Verte, je vois l’économie collaborative comme la promesse d’un monde nouveau, qui émerge peu à peu grâce à de nouvelles pratiques et une implication accrue des citoyens. Ce modèle, dans lequel la compétition et la possession s’effacent au profit de la coopération et de la mutualisation, est en train de révolutionner en douceur nos manières d’être, de penser, d’entrer en relation, de produire et de consommer. Selon l’économiste américain Jeremy Rifkin, il devrait même marginaliser le capitalisme tel qu’on l’a connu jusqu’ici.

L’économie collaborative est porteuse de valeurs qui misent sur le lien social, la solidarité, le bien-être et la prospérité. A cet égard, elle a un impact politique important : les modes de gouvernance deviennent plus horizontaux et moins hiérarchiques, entraînant une participation accrue des citoyens. Dans l’économie du partage, l’individu n’est plus seulement un consommateur. Il peut devenir producteur de biens et de services, créateur, financeur grâce au crowdfunding, et même décideur.

Il me paraît important que les pouvoirs publics soutiennent les initiatives issues de l’économie collaborative dans la mesure où elles permettent d’améliorer la qualité de vie pour tous, de respecter l’environnement et d’optimiser l’allocation des ressources. Les pouvoirs publics ne doivent pas se substituer à la société civile, mais ils peuvent en particulier faciliter la réalisation de projets, par exemple en mettant des locaux à disposition, en favorisant la mise en réseau de tout ce qui existe déjà, ou encore en finançant des projets par l’octroi de subventions.

Le nouvel état d’esprit que véhicule l’économie du partage se reflète déjà dans certaines initiatives des pouvoirs publics. Ainsi, en 2014, le Service des écoles de la Ville de Genève a mis en place des trocs party dans plusieurs écoles, avec la collaboration des associations de quartier et de parents d’élèves. Durant ces trocs party, les élèves étaient invités à échanger des vêtements, des livres et des jeux sans recourir à l’argent. Le Service social de la Ville de Genève a également organisé des trocs sociaux dans deux quartiers, dans le but de permettre aux habitants d’échanger gratuitement des services. La ville soutient aussi l’Economie sociale et solidaire, qui regroupe environ 270 entreprises et organisations à but non lucratif ou à but lucratif limité.

Toutefois, les pouvoirs publics ont aussi pour mission de veiller à ce que la mise en place de ce nouveau modèle économique ne crée pas de nouveaux problèmes. Sans cadre politique, l’économie collaborative ne garantit pas dans tous les cas une plus grande éthique. Des études ont montré que cette dernière produit aussi des inégalités, et les exemples de récupération ne manquent pas.

Le modèle de production et de consommation actuel est à bout de souffle. Notre planète aussi. Il est temps que les pouvoirs publics et la société civile inventent ensemble de nouvelles manières de vivre.

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Commentaires

Et bien vous êtes bien la première personne politique qui en parle chez nous. Bravo !
Et merci de souligner les abus de certains profiteurs bien dotés qui surfent sur le concept en réduisant en esclavage les ressources humaines dans une dernière fuite en avant pour ramasser tout ce qui peut encore l'être.
A quand un article qui explique vraiment aux gens qui est Uber ?

Écrit par : PIerre Jenni | 26/03/2015

A propos d'UBER , un très bon commentaire de Simon Sarazin suite à l'article dans Libé
http://www.liberation.fr/economie/2015/03/20/le-peer-to-peer-induit-que-la-production-emane-de-la-societe-civile_1225002.

"Encore un très bon un interview de Michel Bauwens qui permet de bien différencier deux types de modèles du monde numérique, qui s'entraident parfois mais qui ont une finalité très différente, surtout visible sur le moyen et long terme :
"Pour les gens qui n’ont pas de capital, la seule solution, c’est la solidarité, se mettre en mouvement et réfléchir au commun""C’est une dynamique relationnelle, la capacité des gens à se connecter, à s’organiser et donc à créer ensemble de la valeur et des ressources partagées. Wikipedia (l’encyclopédie universelle), Linux (pour les logiciels), Arduino (conception) font de la production entre pairs."
Uber (transport) ou Airbnb (hôtellerie) ne ressortent pas de l’économie pair à pair, mais du marché. "Les capitalistes netarchiques (1) fonctionnent avec 100% des revenus pour les propriétaires et 0% pour les utilisateurs qui cocréent la valeur de la plateforme. C’est de l’hyperexploitation ! Ce sont des modèles parasitaires : Uber n’investit pas dans le transport, ni Airbnb dans l’hôtellerie, ni Google dans les documents, ni YouTube dans la production médiatique." Les capitalistes netarchiques créent cette sphère qui permet à des milliards de personnes de faire du peer to peer. Ils le font pour leur profit, mais les conséquences sociales vont au-delà de leurs propres attentes."

Écrit par : Laurent Favia | 27/03/2015

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