04/08/2015

Discours du 1er août 2015: "Le patriotisme ne va pas sans le souci du climat et de l'environnement

Discours prononcé au Jardin anglais à l’occasion de la célébration de la Fête nationale


Mesdames et Messieurs les représentants des autorités de Genève et des communes voisines,

Mesdames et Messieurs les représentants des institutions internationales, religieuses et académiques,

Chers habitants et habitantes de Genève,

Mesdames et Messieurs,

 C’est un immense plaisir d’être avec vous aujourd’hui pour fêter le 1er août! En ma qualité de Maire de Genève et au nom des autorités de la Ville, je vous souhaite officiellement la bienvenue, et j’espère que vous allez passer une bonne soirée !

Chaque année, la fête nationale est l’occasion de se rassembler et de célébrer les valeurs qui fondent notre pays et qui nous unissent. Et chaque année, Genève accueille un hôte d’honneur à cette occasion. Pour cette fête nationale, j’ai choisi de mettre en valeur l’agriculture de proximité, avec la coopérative Les Jardins de Cocagne comme invitée. Cette coopérative maraîchère a été fondée en 1978 à Genève par une trentaine de consommateurs soucieux de la qualité des aliments. Elle a été la première en Europe à mettre en place une expérience d’agriculture contractuelle de proximité.

Je retrouve dans cette initiative plusieurs traits de l’esprit du Pacte fédéral de 1291, dont plusieurs extraits vont être lus tout à l’heure par des enfants. J’y vois notamment un esprit de résistance, une résistance contre l’agriculture industrielle et polluante qui prévalait dans les années 70 et l’idéologie productiviste qui la gouvernait. J’y vois aussi un esprit de solidarité puisque les Jardins de Cocagne se veulent solidaires du métier d’agriculteur ici à Genève et en Suisse, et soutiennent des projets ailleurs dans le monde. J’y vois enfin un esprit soucieux du bien public, qui vise le développement d’une agriculture respectueuse des consommateurs et de l’environnement.

Esprit de résistance, solidarité et souci du bien public : trois valeurs fondatrices de la Suisse, trois valeurs chères à Genève, trois valeurs qui vont nous aider à affronter l’avenir.

Je souhaite que cette Fête nationale soit l’occasion de réfléchir à des enjeux mondiaux qui nous concernent tous. Vous le savez, les problèmes liés au climat et à l’environnement n’ont pas de frontières et préoccupent aujourd’hui tous les pays et toutes les collectivités publiques. En décembre aura lieu à Paris la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, qu’on appelle aussi la COP 21. Je me suis rendue au début du mois de juillet au Sommet mondial Climat et territoires à Lyon, une étape préparatoire à cette Conférence. Ce sommet a réuni les acteurs non-étatiques engagés dans la lutte contre le réchauffement climatique, et notamment de nombreux maires de villes du monde entier, des représentants de la société civile et des responsables de collectivités locales et d’ONG.

J’ai été impressionnée par l’énergie positive qui émanait des participants et par leur forte mobilisation. D’innombrables initiatives intéressantes ont été présentées. Chacune peut avoir un impact sur le développement durable. Ce Sommet de Lyon a démontré que la lutte contre le réchauffement climatique commence au niveau local, et notamment dans les villes et les agglomérations. D’où l’importance d’une initiative comme celle des Jardins de Cocagne. Elle reflète une prise de conscience liée à la raréfaction des ressources, à l’accroissement de la demande en denrées alimentaires et à la nécessité de modifier les habitudes de consommation pour sauvegarder la planète.

Partout dans le monde, les paysans sont les premiers à subir les effets du réchauffement climatique. Dans de nombreux pays, comme le montre l’actualité, l’agriculture traverse des difficultés. En Suisse, l’agriculture est en pleine mutation depuis plusieurs années. Sous l’effet de la libéralisation et de la politique agricole de la Confédération, elle subit de nombreuses pressions. Depuis les années 90, elle a une nouvelle mission, à savoir la protection de l’environnement et le développement d’un paysage attrayant. Mais en 30 ans, environ 44’000 exploitations agricoles ont disparu de Suisse. Et cette disparition se poursuit à un rythme inquiétant.

Vous le savez, trois initiatives concernant les denrées alimentaires ont été lancées l’année passée. Ces trois initiatives manifestent l’inquiétude de la population par rapport à l’avenir de l’agriculture et à la qualité de l’alimentation. Elles sont complémentaires et elles ont un point commun : la nécessité d’encourager une production durable et de qualité.

Je suis personnellement convaincue que l’agriculture de proximité apporte une réponse au problème du réchauffement climatique. Une production locale destinée à une consommation locale a l’avantage de réduire grandement les transports, et donc la pollution. De plus, l’agriculture de proximité permet aux paysans de recevoir un prix équitable pour leurs produits. Monsieur Fernand Cuche, ancien Conseiller national, ancien Conseiller d’Etat, vous en dira plus tout à l’heure sur ce thème.

A mon avis, nous ne réglerons pas le problème du réchauffement climatique sans prendre au sérieux la question de la souveraineté alimentaire, qui donne la priorité à la production de proximité et à la solidarité. Le canton de Genève est pionnier dans le domaine de l’agriculture de proximité, et nous pouvons en être fiers.  Nous pouvons également être fiers de tout ce que le canton et la Ville de Genève ont déjà entrepris pour faire face aux défis climatiques et environnementaux.

 

Mesdames et Messieurs,

Aujourd’hui, il est devenu évident que le patriotisme ne va pas sans le souci du climat et de l’environnement. Il ne va donc pas sans une réforme de nos façons de vivre. Nous savons tous que de nouveaux modes de production, de distribution et de consommation sont nécessaires pour sauvegarder la planète. Les Suisses en sont conscients. La Constitution fédérale a inscrit le développement durable dans les buts de la Confédération. Et le canton de Genève est le premier en Suisse à avoir introduit le droit à un environnement sain dans le catalogue des droits fondamentaux de sa nouvelle Constitution.

Esprit de résistance, solidarité et souci du bien commun : c’est en s’appuyant sur ces trois valeurs fondatrices que la Suisse pourra affronter les nombreux défis qui l’attendent, dont celui du réchauffement climatique.

Je vous remercie pour votre attention et je vous souhaite à tous et à toutes une très belle fête nationale !

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Commentaires

Merci pour votre positivisme et votre façon d'aborder les thèmes globaux en prêchant la proximité.

Écrit par : Pierre Jenni | 04/08/2015

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