06/12/2017

Politique agricole: il est urgent d'agir!

Le monde de l’agriculture est secoué par une série de mauvaises nouvelles. Une récente émission d’« A bon entendeur » a évoqué les menaces qui pèsent sur les producteurs de colza au cas où un accord de libre-échange serait conclu avec la Malaisie. L’abaissement, voire l’exonération des droits de douane pour l’huile de palme produite dans ce pays, entraînerait une augmentation des importations en Suisse, qui concurrencerait directement les quelque 8000 paysans cultivant du colza. Un tel accord aurait des conséquences catastrophiques pour de nombreux agriculteurs d’ici.


C'est aussi au nom du libre-échange et de l’ouverture des marchés que le Conseil fédéral entend réduire les mesures de protection douanière dans la politique agricole à partir de 2022, comme en atteste le rapport « Vue d’ensemble du développement à moyen terme de la politique agricole » (PA22+) qu’il a présenté le 1er novembre dernier.  Rapport qui n’a pas manqué de susciter la colère des paysans, à juste titre : le Conseil fédéral n’avait-il pas promis à l’agriculture davantage d’écologie, des paiements directs mieux ciblés et un certain degré de protectionnisme ? Or c’est toute l’agriculture de proximité qui est menacée par la PA22+. Les paysans suisses ne peuvent pas rivaliser avec les bas coûts de production de l’Union européenne et du reste du monde.

Les milieux agricoles soulignent de plus que la PA22+ est en contradiction avec le nouvel article constitutionnel sur la sécurité alimentaire issu de la votation du 24 septembre 2017. A cette occasion, le peuple et les cantons se sont exprimés à près de 80% en faveur d’une agriculture de proximité durable, diversifiée et de qualité. Or l’abaissement des protections douanières fait craindre la concurrence de produits bon marché issus d’une production industrielle pas forcément équitable ni respectueuse des normes environnementales et sociales suisses. L’application aveugle du dogme néolibéral provoquerait non seulement la destruction de la paysannerie suisse, mais aussi celle des paysages et des écosystèmes de notre pays, dont les agriculteurs sont aujourd’hui les gardiens. Favorisons plutôt l’agriculture de proximité et les circuits courts. En ce qui concerne les produits que nous importons, exigeons de hauts standards de qualité qui respectent la santé de celles et ceux qui les produisent !

Ces prochains mois, les Suisses auront l’occasion de réaffirmer leur engagement en faveur d’une agriculture durable. Le Conseil national examine en ce moment l’initiative « Pour la souveraineté alimentaire », déposée par le syndicat Uniterre et soutenue par les Verts. Celle-ci plaide pour une agriculture paysanne diversifiée et nourricière, qui assure des revenus équitables aux paysans et une protection dans le commerce international. Elle veut aussi renforcer les ventes directes. Une autre initiative lancée par les Verts, « Pour des aliments équitables », encourage la production d’aliments dans le respect de l’environnement et réclame des standards de durabilité minimaux pour les aliments produits en Suisse comme pour les aliments importés.

J’espère que ces initiatives sauront convaincre le peuple. Il faut cesser de mesurer l’agriculture à l’aune de la compétitivité. Il y va de la survie du monde paysan, et de celle de chacune et chacun d’entre nous !

17:56 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.