L’indispensable colère des femmes

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Depuis le début de l’affaire Weinstein en 2017, une colère trop longtemps contenue s’est libérée. Portée par le mouvement #MeToo, elle dévoile l’ampleur et l’horreur du sexisme ordinaire, fait de mépris, de condescendance, d’humour dégradant, d’insultes, de harcèlement, et/ou de violence. De nombreuses révélations choquantes ont contribué à créer une prise de conscience mondiale, et ce qui paraissait tolérable hier est devenu intolérable aujourd’hui dans plusieurs pays.

Ainsi, en France, les sociétés de plus de 50 salariés où des inégalités salariales auront été mesurées se verront infliger des amendes si elles ne corrigent pas le tir dans les trois ans à venir. Le compte à rebours a commencé le 1er janvier 2019. L’Islande sévit déjà contre les écarts de rémunération entre femmes et hommes depuis 2018. 

En Suisse, malheureusement, l’inégalité salariale est toujours largement acceptée, et l’Assemblée fédérale ne semble pas avoir pris la mesure des bouleversements en cours. L’année passée, la révision de la loi sur l’égalité n’a abouti qu’à des résultats insignifiants. Aucune entreprise ne sera sanctionnée si elle ne respecte pas ce droit pourtant inscrit dans la Constitution fédérale depuis 1981. Affligeant !

Cela dit, des progrès sont enregistrés dans d’autres domaines. L’Etat de Genève a ainsi édité l’année passée un guide de prévention du sexisme à destination des professionnel-le-s qui encadrent les enfants et les jeunes. Le Conseil administratif a présenté récemment un plan d’actions contre le harcèlement de rue, qui sera mis en œuvre rapidement grâce au soutien du Conseil municipal. A la suite de la publication de l’enquête sur les pratiques sportives des femmes à Genève, de nombreuses mesures ont été prises pour encourager les femmes à se réapproprier la Ville et des espaces traditionnellement masculins, comme le skatepark de Plainpalais. 

Dans d’autres pays, #MeToo a permis des changements qui paraissaient impossibles il y a quelques années. Par exemple, l’Académie française, temple du conservatisme linguistique, s’est finalement résolue à accepter la féminisation des noms de métiers, de fonctions, de titres et de grades. 

Comme l’a dit Leymah Gbowee, co-lauréate du Prix Nobel de la Paix en 2011, « il est temps pour les femmes d’arrêter d’être poliment en colère ». La colère a souvent été le moteur de l’histoire. Elle est la force qui permet de se dépasser, de passer à l’action et de se battre contre les injustices. Cessons de croire qu’elle est mauvaise conseillère pour les femmes ! Et prenons exemple sur la colère froide de la jeune Suédoise Greta Thunberg, à l’origine de l’actuel mouvement mondial de grève en faveur du climat.

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