Quand la honte changera de camp

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Vingt-huit ans après la première grève des femmes en Suisse, le constat est amer : les inégalités salariales et les discriminations au travail persistent, le plafond de verre semble impossible à briser, et le sexisme et le harcèlement sexuel continuent de gâcher la vie professionnelle des femmes.

Les exemples de discriminations abondent ces derniers temps dans les médias. En voici quelques-uns. En Suisse, une femme sur sept perd son emploi après le congé-maternité, soit du fait d’un licenciement, soit qu’elle doive renoncer à son poste faute de pouvoir baisser son temps de travail. La LPP discrimine les femmes de manière outrancière en permettant à l’employeur de ne pas couvrir les premiers 24'885 francs du salaire, ce qui défavorise les petits salaires et les temps partiels. En moyenne, les femmes touchent toujours un salaire inférieur de 20% à celui des hommes. Dans le monde de la finance, les disparités salariales ont même tendance à augmenter. Une enquête de Tamedia révèle qu’une journaliste sur deux dit avoir été victime de harcèlement sexuel dans le cadre de son travail.

Près de 40 ans après son inscription dans la Constitution, l’égalité entre hommes et femmes reste un vœu pieux. Et la loi sur l’égalité, un écran de fumée. Rien n’y fait : les inégalités perdurent, au-delà de toute raison. C’est non seulement inquiétant, mais aussi indigne d’un Etat de droit comme la Suisse !

Je suis convaincue que l’introduction de contrôles et de sanctions économiques contre les entreprises qui bafouent l’égalité permettra un jour de faire pleinement respecter la loi. L’Islande est à cet égard un modèle. Il est aussi indispensable de créer et développer des conditions qui permettent aux femmes de mieux concilier vie professionnelle et vie familiale. Plus profondément, un changement de mentalité est nécessaire : il faut que la honte change de camp, qu’elle s’installe de manière durable chez tous ceux et toutes celles qui discriminent, harcèlent ou, plus sournoisement, se rendent complices des inégalités en les tolérant.

La Grève du 14 juin est une occasion de manifester notre solidarité envers toutes les femmes qui subissent des discriminations dans le monde du travail, et surtout envers les plus vulnérables d’entre elles. Elle est aussi une occasion de faire renaître un élan collectif en faveur d’une cause souvent banalisée, voire même moquée.

Je vous invite à participer en nombre à cette Grève!

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