Il faut sauver le journalisme (17/01/2018)

Disparition de L’Hebdo, restructurations et réductions massives des effectifs dans plusieurs quotidiens romands, regroupements rédactionnels, disparition annoncée de la version papier du Matin semaine, délocalisation de la Tribune de Genève à Lausanne et probables licenciements en 2018, démembrement progressif de l’Agence télégraphique suisse… La crise de la presse écrite semble s’accélérer depuis quelques mois. A l’heure où triomphent la désinformation et les « fake news », la précarisation du métier de journaliste et l’appauvrissement du paysage médiatique romand m’inquiètent profondément.

De même qu’on ne redresse pas un pays à coups de cures d’austérité, on ne redresse pas un journal en réduisant les coûts et en supprimant des postes de rédacteurs. Une telle manière de procéder ne peut qu’induire une baisse de la qualité et de la diversité de la presse. Quoi qu’on en dise, les journaux ne sont pas et ne seront jamais des entreprises comme les autres. L’information est une mission d’intérêt général, indispensable à la démocratie et à l’exercice de la citoyenneté. Quand on ne donne plus aux journalistes les moyens d’exercer correctement leur métier, c’est toute la société qui en pâtit. La démocratie devient plus fragile, la liberté de la presse, un principe creux et vide de sens.

La logique de l’ultra-libéralisme trouve ici ses limites. Les managers ont pris la place des éditeurs, voire des rédacteurs en chef. Le journal est devenu un « produit ». Les lecteurs-citoyens sont assimilés à des « clients » ou à des « consommateurs ». Et comme il s’agit avant tout d’obtenir du rendement, la qualité baisse, forcément. Il est parfois question d’aider la presse avec des subventions publiques. Pourquoi pas ? Le modèle de financement reste à trouver, car il est impensable d’accorder des aides publiques à des groupes de presse par ailleurs bénéficiaires. Et les journalistes tiennent à leur indépendance, à juste titre.

La crise de la presse est bien sûr multifactorielle, et on ne saurait en attribuer la seule responsabilité aux grands groupes de presse. Mais tout de même : cette obsession du profit, ce manque de vision, ce mépris de la mission essentielle du journalisme dans la démocratie ne sont pas à leur honneur. Aujourd’hui, de nombreuses entreprises sont conscientes d’avoir une responsabilité sociale et des devoirs éthiques. Je ne vois rien de tel dans le comportement des grands groupes de presse pourtant florissants qui licencient à tours de bras sans se préoccuper des conséquences de leurs actes. Ces employeurs sont paradoxalement devenus les fossoyeurs du journalisme.

Il faut sauver le journalisme : comme le rappelle une motion « pour une presse locale forte et indépendante » déposée au Grand Conseil au mois de septembre 2017, la démocratie passe avant la pure rationalité économique.

09:28 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |