Quand les femmes osent briser la loi du silence (06/03/2020)

C’est avec plaisir que j’ai fêté, pour la dernière fois, la Journée internationale des femmes avec les collaboratrices de la Ville. Cet événement a représenté chaque année l’occasion de nombreuses rencontres enrichissantes pour moi. Il m’a permis de faire le constat réitéré et scandaleux de l’ampleur des inégalités hommes-femmes, mais aussi de prendre la mesure des bouleversements importants intervenus depuis deux ans.

Je suis convaincue que nous vivons les débuts d’une profonde révolution des mentalités, lancée par le mouvement Me Too il y a bientôt 3 ans. Il faut bien reconnaître que les luttes féministes et l’arrivée massive des femmes sur le marché du travail n’ont pas modifié en profondeur le système patriarcal, qui donne toujours à de nombreux hommes un sentiment de supériorité, voire même d’impunité.

Ce système considère avec une certaine indulgence les violences dont les femmes sont victimes, que ces violences soient physiques ou symboliques. Ce système n’hésite pas à fermer les yeux sur les coups, les viols, les meurtres de femmes - qu’on ose enfin appeler de leur vrai nom, les féminicides. Ce système considère que la vie d’une femme vaut moins que celle d’un homme, et aussi que le travail d’une femme vaut moins que celui d’un homme. Ce système voit les femmes comme des corps à disposition, des objets.

Presque chaque jour, nous découvrons avec stupeur un nouveau scandale d’agression sexuelle ou de viol, que ce soit dans le monde culturel, sportif, académique ou politique. Je pense à l’affaire Gabriel Matzneff, du nom de cet écrivain qui relatait ses aventures pédophiles avec la plus parfaite insouciance et la complaisance incompréhensible des milieux intellectuels français. Une de ses victimes, Vanessa Springora, a heureusement eu le courage de dénoncer dans un livre l’emprise qu’elle a subie alors qu’elle était adolescente. Je pense à l’affaire Harvey Weinstein, récemment reconnu coupable de viol. Et je dis merci aux femmes courageuses qui l’ont dénoncé. Je pense aux affaires qui secouent actuellement le monde du patinage, du cyclisme. Je pense à l’effrayante misogynie qui règne encore dans les milieux politiques et dans le monde du travail, et qui se manifeste souvent par le harcèlement sexuel ou moral.

Pendant des années, les femmes se sont tues, par peur des représailles, par peur d’être exclues des milieux dans lesquels elles évoluaient, par peur aussi de ne pas être entendues par la justice. Mais les femmes ont osé briser la loi du silence et la loi du plus fort, les deux piliers du système patriarcal. Je ne pensais pas assister à une révolution de cette ampleur de mon vivant ! Nous vivons un moment historique. Une solidarité mondiale est née, qui rejette massivement la domination masculine.

Les femmes ne veulent pas être dominées, elles veulent être considérées comme les égales des hommes, comme des partenaires. Et elles le disent haut et fort. Comme l’actrice Adèle Haenel qui a quitté la cérémonie des Césars 2020 après l’octroi du titre de meilleur réalisateur à Roman Polanski. Comme l’écrivaine Virginie Despentes qui a pris la plume pour dénoncer le machisme intolérable du cinéma français et la domination des puissants dans un texte coup-de-poing. Comme les féministes chiliennes du collectif Las Tesis, dont la chanson « Un violeur sur ton chemin » est devenue un hymne repris par les femmes du monde entier, y compris ici, à Genève. Et comme toutes les femmes qui ont participé à la Grève du 14 juin 2019 en Suisse !

A cet égard, j’ai été heureuse de constater qu’une nouvelle génération de jeunes femmes féministes est en marche, qui ne tolère pas plus que ses aînées les inégalités entre femmes et hommes. Je fais confiance à cette nouvelle génération pour changer radicalement les choses !

Tout au long de mes deux législatures, j’ai pu compter sur de nombreuses collaboratrices de grande qualité. Qu’elles soient ici remerciées! Je tiens aussi à saluer le travail de ma collègue Sandrine Salerno, qui s’est beaucoup investie pour les questions d’égalité au sein de la Ville de Genève.

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